La fondation de l’association «Hochschulmedizin Zürich» marque une étape importante. La plus grande faculté de médecine suisse à l’Université de Zurich, l’ETH Zurich, caractérisée par son excellence dans les sciences de l’ingénieur et les sciences naturelles, et l’Hôpital universitaire de Zurich, doté de compétences de pointe, associent leur expertise, de la recherche fondamentale aux soins médicaux, en passant par la recherche clinique. La combinaison du savoir de ces trois institutions et une approche interdisciplinaire ouvrent la voie à des recherches majeures comme le coeur artificiel, la médecine personnalisée et l’imagerie biomédicale, dont les applications pratiques seront profitables au milieu hospitalier.

L’imagerie biomédicale, domaine de recherche interdisciplinaire du réseau «Hochschulmedizin Zürich»: Markus Rudin, professeur de l’ETH Zurich/l’Université de Zurich à l’Institut de technique biomédicale. (photo: Michael Sieber, Langnau/Zurich).

Son nom est simple, presque empreint de modestie: «Hochschulmedizin Zürich» (médecine universitaire de Zurich). L’objectif commun des institutions zurichoises que sont l’ETH, l’Université et l’Hôpital universitaire n’en est pas moins ambitieux: faire de la recherche médicale sur la place des hautes écoles de Zurich une dominante internationale. Tel est le message que les trois institutions partenaires ont transmis lorsqu’elles ont annoncé, fin septembre 2012, la création d’une association de recherche suisse d’un nouveau genre.

Ce projet de grande envergure joue un rôle majeur au sein des institutions participantes. Depuis des années, l’ETH Zurich promeut le développement de la recherche dans le domaine de la santé, notamment en technologie médicale. Déjà en 1971, l’ETH a fondé, conjointement avec l’Université de Zurich, l’Institut de technologie biomédicale. Il s’agissait alors de l’un des premiers instituts communs du monde dans ce domaine. Depuis début 2012, les Sciences et technologies de la santé sont regroupées dans le nouveau département D-HEST. Désormais, la recherche interdisciplinaire – fondamentale et appliquée – bénéficie d’un renforcement ciblé dans le cadre du nouveau partenariat «Hochschulmedizin Zürich». A cette fin, des axes stratégiques ont été définis sur la base des compétences existantes. La collaboration entre l’Université de Zurich, l’Hôpital universitaire et l’ETH Zurich se traduit notamment par la construction du nouveau bâtiment de recherche GLC de l’ETH Zurich. Situé dans le centreville, il offrira dès 2017 une surface utile de plus de 13 000 mètres carrés aux départements de l’ETH Sciences et technologies de la santé et Technologies de l’information et électrotechnique. «La proximité immédiate du GLC avec le site de recherche clinique de l’Hôpital universitaire constitue un avantage décisif, assure Roman Boutellier, vice-président Personnel et ressources de l’ETH. Il est possible d’accueillir les patients et les sujets de recherche, de préparer les mesures et les expériences ainsi que d’effectuer les examens avec les plateformes technologiques existantes.»

Harvard et le MIT érigés en exemple
Créée il y a dix ans à la suite d’un partenariat conclu entre le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et l’Université d’Harvard, la Division of Health Sciences and Technology (HST), située à Boston, est un parfait exemple de l’utilité du regroupement spatial de compétences scientifiques de premier ordre. Le traitement médicamenteux du SIDA est l’un des résultats de leurs recherches. Ce modèle a inspiré la vision du projet «Hochschulmedizin Zürich». Il a fallu naturellement mettre en place les conditions requises, pour lesquelles les universités concernées ne disposaient d’aucun pouvoir de décision. Par bonheur, la classe politique cantonale a approuvé le nouveau bâtiment de l’Hôpital universitaire au coeur de la ville. Le plan directeur «Hochschulgebiet» instaure un cadre favorisant une collaboration étroite entre l’ETH, l’Université de Zurich et l’Hôpital universitaire. Autre conséquence bienvenue: dans un avenir proche, on observera une meilleure mixité sociale dans le centre-ville. Dans le cadre de la stratégie «Hochschulmedizin Zürich», la concentration spatiale des emplois occupés par les scientifiques du nouveau centre de recherche GLC de l’ETH, situé dans la Gloriastrasse, permettra la conversion en logements des bureaux occupés actuellement par les hautes écoles.

«Pour la haute école technique qu’est l’ETH Zurich, l’interface entre la médecine et les sciences de l’ingénieur/sciences naturelles gagne en importance», précise Roland Siegwart, vice-président pour la recherche et les relations économiques de l’ETH, résumant par là l’objectif de l’association de recherche. «La formation, la recherche et une réflexion interdisciplinaires ainsi que l’accès aux données cliniques sont cruciaux pour la recherche et la pratique biomédicales. L’association «Hochschulmedizin Zürich» a pour objectif d’encourager ces approches.» Le paradigme de la recherche médicale favorisée par la technologie est remplacé par une approche plus centrée sur les problèmes et leur résolution. Ces dernières décennies, la médecine a accompli d’énormes progrès en matière de diagnostic et de traitement des maladies. C’est pourquoi l’échange de connaissances entre la recherche fondamentale, la recherche appliquée et les soins cliniques est bien plus important désormais. Le transfert rapide des connaissances de la recherche fondamentale au profit de la pratique clinique constitue donc un motif majeur justifiant la création de l’association. «La recherche fondamentale biomédicale, les sciences de l’ingénieur et la recherche clinique sont très étroitement liées, confirme Markus Rudin, professeur de technique biomédicale à l’ETH Zurich/Université de Zurich. La clinique universitaire bénéficie ainsi de nouvelles options thérapeutiques ciblant les tableaux cliniques.» Selon Roland Siegwart, l’hôpital espère faire un «bond technologique d’ici cinq à dix ans». Tous ces éléments s’inscrivent dans l’objectif de prestation «Engagement pour l’ensemble des hautes écoles suisses» défini par le Conseil fédéral. Ils requièrent «de nouvelles chaires, dont certaines établissent un lien vers les disciplines classiques, et un financement plus élevé du secteur privé», ajoute Wolfgang Langhans, professeur de physiologie et de comportement à l’ETH. «Dans plusieurs filières, notre objectif est de former une nouvelle génération de spécialistes possédant des compétences médicales approfondies pour la recherche et les applications pratiques», insiste Wolfgang Langhans. Récemment mise sur pied, la filière Sciences et technologies de la santé de l’ETH Zurich a connu un excellent départ. Les premiers étudiants en bachelor ont débuté en automne 2011 et les premiers étudiants en master, l’année suivante (voir également l’exemple p. 39).

Collaboration étroite entre les chercheurs
La médecine personnalisée constitue l’un des principaux projetsde la «Hochschulmedizin Zürich» pour la recherche translationnelle, interface entre la recherche préclinique et le développement clinique. Il s’agit en l’occurrence de mettre en place, pour un patient, un traitement optimal basé sur ses informations génétiques, avec des médicaments adaptés à sa situation pour une meilleure efficacité. Cela exige une collaboration étroite entre généticiens et biologistes, pharmacologues, informaticiens ou pathologistes. «La génétique moléculaire moderne permet un traitement individualisé et précis des symptômes cliniques, ajoute Wolfgang Langhans. La différenciation entre diagnostic et traitement va aller en s’accentuant.» Objectif: créer un centre de médecine personnalisée au rayonnement international.

Le développement de la nouvelle génération de coeurs artificiels constitue un autre axe de travail. «Depuis longtemps, il existe à Zurich un centre de transplantation cardiaque renommé, sur lequel nous pouvons nous appuyer, confie Wolfgang Langhans. La mise au point de la nouvelle génération de coeurs artificiels nécessite des connaissances en ingénierie des pompes, sur les capteurs et les matériaux, ainsi que l’expertise de chirurgiens cardiaques et de cardiologues.» Du fait de la pénurie constante d’organes à transplanter, les progrès dans ce domaine constituent une urgence médicale.

Des solutions pour les praticiens
L’association de recherche des trois institutions zurichoises doit favoriser la création d’un centre d’imagerie biomédicale centralisant et enrichissant les compétences existantes. Les cliniques et hautes écoles sont généralement dotées de groupes de recherche performants, p. ex. pour l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Dans ce domaine, le progrès technique et le diagnostic vont généralement de pair. «L’objectif consiste à mettre au point des solutions d’imagerie permettant aux médecins de définir un traitement optimal à l’aide d’un diagnostic précis», précise Markus Rudin.