Dans le Domaine des EPF, tout le monde s’accorde sur le fait que, dans le monde académique, les conditions de carrière et de salaire doivent être identiques pour les deux sexes et qu’il faut encourager la nouvelle génération de chercheuses et de chercheurs doués. C’est en effet le seul moyen d’attirer les meilleurs cerveaux du monde à l’ETH Zurich, à l’EPFL et dans les instituts de recherche. Ce point est d’une importance capitale pour les institutions qui font d’importants efforts dans ce sens. Leur offre est variée, en voici un petit tour d’horizon.

Goulot d’étranglement après le doctorat: le Kinderpavillon, la garderie de l’Eawag et de l’Empa, est d’une grande aide, par exemple pour Alexandra Kroll, scientifique et postdoctorante (photo: Michael Sieber, Langnau/Zurich).

«Le Domaine des EPF crée des conditions de travail attrayantes et favorables aux familles, encourage l’égalité des chances et forme la relève scientifique.» Telle est la phrase clé du mandat de prestations du but 5 – Conditions de travail, égalité des chances et encouragement de la relève. Mais qu’en est-il dans la pratique? Voici une petite sélection d’exemples.

Afin de donner un aperçu de la manière dont sont encouragées les jeunes personnes douées, notre première station est l’ETH Zurich, où Sonja Negovetic est cheffe remplaçante de l’unité de coordination de la recherche. «Dans le cadre de l’encouragement de la relève, nous apportons notre soutien à des personnes à tous les niveaux académiques: master, doctorat, postdoctorat ou poste de professeur assistant», explique-t-elle.
Les étudiants qui désirent préparer un master à l’ETH Zurich peuvent par exemple poser leur candidature à l’Excellence Scholarship & Opportunity Programme (ESOP). Ce programme d’encouragement des personnes douées est ouvert aux candidates et aux candidats internes et externes, quelle que soit leur nationalité. Les bourses sont financées par des fonds de tiers. A la fin de l’année 2012, 143 étudiants au total avaient bénéficié d’une bourse ESOP, dont 51 femmes. Soixante d’entre eux, soit 42 %, avaient passé leur bachelor à l’ETH Zurich.

En plus des programmes du Fonds national suisse (FNS) ou de l’UE, les chercheurs ont la possibilité de soumettre des projets à l’ETH Zurich dans le cadre du programme compétitif ETH Zurich Research Grants destiné à promouvoir les doctorants. Celui-ci porte principalement sur des projets innovants ou non conventionnels, relevant notamment de la recherche fondamentale, qui ont le potentiel de donner des résultats intéressants et pour lesquels il est difficile d’obtenir des subventions dans le cas d’instruments d’encouragement externes. L’ETH Zurich Postdoctoral Fellowship Program s’adresse aux jeunes chercheurs dotés d’excellentes références internationales, venant d’autres établissements que l’ETH Zurich. «Ainsi, l’ETH Zurich se qualifie comme un site de recherche attractif pour d’excellents scientifiques du monde entier», déclare Sonja Negovetic. Le programme est cofinancé par l’UE (COFUND). A l’interface entre la science, la recherche et l’industrie, des Pioneer Fellowships ont pour but de développer les résultats prometteurs de travaux de recherche en vue de parvenir à une prestation ou à un produit innovant. Les étudiants en master et les doctorants peuvent poser leur candidature pour ce programme. Le financement est assuré par des fonds de tiers.

Une mesure d’encouragement particulière: The Branco Weiss Fellowship
Fondée par l’entrepreneur et philanthrope Branco Weiss à l’ETH Zurich, la Society in Science – The Branco Weiss Fellowship est un programme d’encouragement de la relève d’un type particulier. Il s’adresse aux scientifiques en postdoctorat indépendamment de leur origine et du lieu où ils travailleront ou encore de leur spécialité. En 2012, l’ETH Zurich a annoncé qu’elle allait recevoir encore quelque cent millions de francs de la succession de Branco Weiss, garantissant l’existence du programme pour plusieurs années. En 2012, huit nouveaux fellows ont été sélectionnés parmi quelque 450 candidats. Les jeunes chercheurs qui envisagent une carrière dans la science peuvent poser leur candidature pour une chaire de professeur assistant. Dans le cadre de sa planification des chaires, l’ETH Zurich attribue une partie de ses postes sous forme de chaires d’assistance, le plus souvent à titularisation conditionnelle. Outre cela, les jeunes chercheurs peuvent poser leur candidature pour une chaire d’encouragement du FNS ou une Starting Grant de l’ERC.

De Zurich, rendons-nous maintenant à Lausanne, à l’EPFL, où Farnaz Moser-Boroumand, déléguée à l’égalité des chances, nous présente, elle aussi, plusieurs mesures prises en vue d’encourager l’égalité des chances à tous les âges. Des cours comme «Internet pour les filles» ou «Les robots, c’est l’affaire des filles» ainsi que des Semaines scientifiques uniquement pour les filles sont proposés aux jeunes filles de 7 à 15 ans, leur permettant ainsi de découvrir le monde fascinant des sciences et de l’ingénierie. Le bus «Les sciences, ça m’intéresse!» de l’école sillonne les routes de la Suisse romande depuis 2009 pour éveiller l’intérêt des jeunes, en particulier des jeunes filles, pour les sciences. En 2012, ses activités ont été étendues et sont désormais aussi accessibles aux élèves des classes du secondaire I. Plus de 4000 filles profitent chaque année du programme du Bureau de l’égalité des chances de l’EPFL, destiné à donner le goût des filières MINT aux jeunes. «Afin que les étudiantes et les femmes scientifiques puissent disposer des outils nécessaires, prendre la bonne décision au moment opportun et mettre toutes les chances de leur côté pour entamer et réussir une carrière académique, une vaste offre constituée notamment de plusieurs programmes de mentoring et de coaching a été développée», explique Farnaz Moser-Boroumand.

Les femmes «disparaissent» au fil de la hiérarchie
La nécessité de ces efforts destinés à promouvoir la relève féminine apparaît clairement au regard des chiffres. A l’EPFL, la part des femmes parmi les étudiants, doctorants et postdoctorants se situe aux alentours de 27 %; chez les professeurs, elle n’est plus que de 12 %. Parmi les mesures prises, on peut citer le développement permanent de l’infrastructure d’accueil des enfants afin de rendre possible une meilleure conciliation de la vie familiale et de la carrière. De nouvelles places sont créées régulièrement au sein des deux garderies du campus. Depuis près de dix ans déjà, il existe aussi une structure constituée d’une école enfantine et d’une unité de garde en dehors des heures de l’école. A l’EPFL, les horaires de travail flexibles sont très appréciés. D’après une enquête récente, 78 % des personnes interrogées sont «satisfaites», 39 % d’entre elles même «très satisfaites» à cet égard.

Rendons maintenant visite à Ines Günther-Leopold. Cette docteure en chimie est responsable du groupe de recherche Energie nucléaire et sécurité et porte-parole du Comité pour l’égalité des chances à l’Institut Paul Scherrer (PSI). Elle constate que l’encouragement de la relève ne saurait commencer trop tôt et qu’il est souvent étroitement lié à l’égalité des chances. Pour Ines Günther-Leopold, si la part des femmes titulaires d’une maturité est nettement plus élevée qu’il y a quelques années encore, mais que le nombre des étudiantes dans les matières techniques et scientifiques ne reflète pas cet état de fait, et si le PSI n’atteint pas ses objectifs quant au nombre de femmes occupant des fonctions dirigeantes malgré de nombreuses mesures, cela témoigne de deux choses: «La sensibilisation aux matières MINT doit avoir lieu à un stade précoce, et nous perdons toujours un trop grand nombre de femmes au fil de la hiérarchie.» Au PSI, on cherche à remédier à cela par différents moyens. Un projet pour les jeunes scientifiques a ainsi été lancé afin de faciliter le retour des femmes après une pause maternité. A l’occasion de la «Journée des filles» (organisée depuis deux ans dans le cadre de la journée «Futur en tous genres»), les filles peuvent se faire une idée de l’univers de travail scientifique de leurs parents au PSI. L’iLab, le «laboratoire pour la génération iPod», comme on peut lire sur le site Internet du PSI, a pour but d’«attiser la passion des jeunes pour les sciences naturelles». Le laboratoire équipé de postes d’expérimentation pour deux douzaines d’élèves se trouve sur le campus même du PSI, à Villigen dans le canton d’Argovie. Les groupes de visiteurs immortalisés par des liens et des photos sur le site web du PSI se comptent désormais par centaines.

Annualiser le temps de travail
«La question centrale reste toutefois, comment le PSI peut-il parvenir à être et à rester un employeur intéressant, seul moyen de continuer à attirer les meilleurs cerveaux à l’avenir? Dans ce contexte, de tout autres besoins se font jour», déclare Ines Günther-Leopold. Citons par exemple le travail à temps partiel pour les jeunes chercheurs des deux sexes qui souhaitent concilier
garde d’enfants et profession. Mais aussi les modèles de travail flexibles pour les scientifiques d’un âge avancé ainsi que la planification de carrière des jeunes. Le PSI s’efforce de trouver des solutions dans tous ces domaines. En 2009 déjà, une enquête avait été lancée sur la question de la flexibilité du temps de travail et des possibilités supplémentaires de garde d’enfants. Le résultat: les femmes en particulier souhaitent des modèles de type annualisation du temps de travail ou télétravail ainsi que des offres de garde d’enfants institutionnalisées en cas de maladie ou accrues durant les vacances. Aujourd’hui, un camp de vacances axé sur l’éveil de l’intérêt des enfants pour les sciences et la technique à un stade précoce est proposé une fois par an pour les enfants des employés du PSI. La garderie de l’institut de recherche, qui existe depuis de nombreuses années et accueille actuellement quelque 75 enfants, est un pilier essentiel en matière de conciliation de la famille et du travail.

Ursula Gut, psychologue de l’organisation, occupe un poste de «coordinatrice Workplace Diversity» à 70 % au WSL. Elle décrit son travail de la manière suivante: «Je travaille sur des thèmes et des projets concrets ayant pour but de favoriser l’égalité des chances, dans le travail, entre les hommes et les femmes, les personnes de différents âges, de différentes appartenances
ethniques et idéologiques, et présentant différentes conditions de départ sur le plan de la santé ou de l’orientation sexuelle.» Au centre, on s’intéresse également aux questions de sexe social et à la sensibilisation des filles aux matières techniques et scientifiques. Au WSL, il existe en outre différentes formes de planification de carrière et d’encouragement de la relève. Dans ce contexte, des étudiants suivent un stage de six mois après un master et des doctorants bénéficient d’un accompagnement à l’institut de recherche. Depuis 2012, il existe aussi un projet pilote destiné à soutenir les employés seniors à temps déterminé. «Nous prenons contact avec eux avant que leur contrat ne prenne fin et leur proposons une aide sur une base volontaire, souvent pratique, comme préparer un dossier de candidature impeccable», déclare Ursula Gut. Ces mesures ont pour but de les maintenir sur le marché du travail.

Promotion des chercheurs en postdoctorat
Tout en haut du site web de l’Empa sur l’égalité des chances, on peut lire, écrit à la main en lettres rouges et noires: «together». Avec ce mot, Christiane Löwe récapitule l’ensemble des mesures associées à son travail de chargée de l’égalité des chances et de la diversité à l’Empa. Lorsque cela est utile, elle n’hésite pas à jouer le rôle d’animatrice, comme en septembre dernier quand le repas d’affaires de l’Eawag Women meet Women a été réédité. A cette occasion, Christiane Löwe a interrogé Lenny Winkel, professeure assistante à l’Eawag, sur son expérience en tant que scientifique et postdoctorante dans différentes institutions européennes. Pour son public féminin, il s’agissait d’informations de première main sur l’importance de la mobilité dans une carrière scientifique. Peu avant, Lenny Winkel avait obtenu une chaire d’encouragement du FNS pour ses prestations exceptionnelles – un bel exemple de promotion efficace de la femme. Christiane Löwe souhaite maintenant proposer de nouveaux cours destinés aux jeunes scientifiques en 2013, dans le cadre du programme de promotion de carrière de COFUND «Empa Postdocs». Souhaitons que les exemples comme celui de Lenny Winkel fassent école.

Alexandra Kroll, scientifique postdoctorante au département de toxicologie environnementale de l’Eawag et porte-parole du Comité de l’égalité des chances et de l’encouragement de la relève, a également participé à l’organisation de cette manifestation. Cette mère d’un enfant de trois ans – qui va à la garderie de l’établissement – connaît par expérience le goulot d’étranglement de carrière qui suit le doctorat pour de nombreux scientifiques, et en particulier pour les femmes. «A l’Eawag, par exemple, il est rare que des postes se libèrent; les postdoctorants doivent se demander s’ils sont capables de gérer le manque de sécurité d’une carrière scientifique ou s’ils doivent plutôt se diriger vers l’économie privée», explique Alexandra Kroll. Ici aussi, l’Eawag apporte une aide. Depuis l’automne 2012, il propose à nouveau des programmes de coaching pour les postdoctorants avec l’Empa. Lors de la manifestation d’ouverture, Monica Clausen, ancienne scientifique et aujourd’hui consultante indépendante en développement des ressources humaines, a fait un discours sur le thème: From luck to mastery: Women and their academic careers.